Les Anticorps Anti-nucléaires

Les anticorps anti-nucléaires (AAN) sont des autoanticorps dirigés contre des déterminants antigéniques du noyau des cellules de l’organisme, ils sont détectés au cours des maladies auto-immunes non spécifiques d’organes appelées connectivites dont la plus connue est le Lupus Erythémateux Disséminé (LED).

Ils sont recherchés par Immunofluorescence Indirecte (IFI) sur des cultures de cellules humaines Hep-2, sur lesquelles on pourra distinguer de nombreux aspects de fluorescence en rapport avec le type d’anticorps détecté. La finesse des images obtenues en fluorescence a ainsi permis de décrire de nombreux anticorps distincts reliés à des types de pathologies différents (voir Anticoagulants circulants).

Détection des AAN par IFI

Principe : Le sérum du patient est déposé sur le substrat (Cellules Hep-2 le plus souvent) et incubé en chambre humide pendant 30 minutes, pendant ce temps, les anticorps présents dans le sérum vont se fixer sur leurs cibles antigéniques, et leur présence sera révélée par addition d’un anticorps anti - Immunoglobulines humaines marqué à la fluorescéine. La lecture permettra de déterminer les 2 paramètres essentiels de cette technique : l’aspect de la fluorescence, et le titre des anticorps.

Interprétation : L’aspect de la fluorescence peut être homogène, mouchetée, nucléolaire, cytoplasmique, ou membranaire en fonction des antigènes reconnus, tous les mélanges entre ces types différents étant possibles.

Le titre des anticorps est exprimé avec la dernière dilution de sérum donnant une fluorescence visible, chez l’adulte le taux minimum significatif est 1/80ème (1/40ème chez l’enfant), les taux sont mesurés jusqu’à la dilution 1/640ème qui correspond à un taux très élevé, la dilution pourra éventuellement être poursuivie pour distinguer deux types de fluorescence qui se chevaucheraient sur un même support.

Identification des AAN

En fonction de l’aspect de la fluorescence observée, qui sera plus ou moins évocatrice d’un certain type d’anticorps, différentes techniques pourront être utilisées pour l’identification des AAN.

1 Les anticorps anti DNA natif et/ou dénaturé :
La plupart des anticorps anti DNA reconnaissent les deux types de molécule, le DNA natif étant bicaténaire, et le DNA dénaturé monocaténaire, la recherche des anticorps anti DNA dénaturé seul présente peu d’intérêt (nombreux cas sans corrélation clinique). On dispose actuellement de 4 techniques pour la recherche de ces anticorps.

  • Le test de Farr : Après incubation du sérum avec du DNA radiomarqué, les immuncomplexes sont précipités, et la radioactivité présente dans le précipité est proportionnelle au taux des anticorps anti DNA dans l’échantillon. Ce test présente le grand avantage d’être quantitatif (résultat en UI/ml), mais sa réalisation technique est délicate.
  • L’IFI sur Crithidia luciliae : C’est un protozoaire flagellé qui contient un kinétoplaste très riche en DNA natif circulaire, l’image en fluorescence permet une lecture facile, le kinétoplaste, situé non loin du corps basal du flagelle, étant aisément distingué du noyau. Le résultat obtenu est qualitatif.
  • Tests ELISA : Les fragments de DNA natif fixés au fond des puits des plaques de microtitration fixent les anticorps du sérum du patient, qui seront ensuite révélés par un anticorps anti-IgG humaine marquée à la peroxydase par exemple. les résultats sont quantitatifs et exprimés en unités différentes selon la technique utilisée (le plus souvent UI/ml).
    Immunodot : Il s’agit d’une technique ELISA réalisée sur une bande de nitrocellulose sue laquelle de DNA natif a été fixé. La lecture permet un résultat qualitatif, parfois difficile à interpréter pour des taux d’anticorps faibles.

2 Les anticorps anti-histones :
C’est un groupe hétéroclite d’anticorps réagissant avec les différentes histones ou nucléosomes, on les recherche le plus souvent par ELISA, ils sont retrouvés dans le LED et dans la majorité des LED induits par des médicaments, leur intérêt clinique reste pour le moment limité.

3 Les anticorps anti-antigènes nucléaires solubles (ENA) :
Ils sont dirigés contre des constituants extractibles du noyau,et sont responsables des différents types de fluorescences mouchetées. Ils portent des noms en rapport avec le premier patient décrit (Sm), ou la pathologie associée (SS pour syndrome de Sjögren), ou leur poids moléculaire (gp100).

Classification :

Les anticorps anti-RNP : On les retrouve dans le LED et les connectivites mixtes.

Les anticorps anti-Sm : On les retrouve chez 70% des lupiques et pratiquement uniquement dans cette pathologie.

Les anticorps anti-SS-A :
On les retrouve dans certains LED, mais surtout dans la Syndrome de Gougerot-Sjögren. Ils sont également associés à un risque accru de bloc auriculo-ventriculaire chez le nouveau-né dont la mère est porteuse de ce type d’anticorps.

Les anticorps anti-SS-B : On les retrouve presque exclusivement dans le syndrome de Gougerot-Sjögren.

Les anticorps anti-Scl 70 : Ils sont dirigés contre la topo-isomérase, et retrouvés dans les sclérodermies.

Les anticorps anti-Jo1 : On les retrouve dans les polymyosites.

Les anticorps anti-PCNA : Ils sont très spécifiques de la maladie lupique mais rares.

Les anticorps anti nucléosomes : Ils représentent un bon marqueur du lupus sytèmique et sont préférentiellement associés aux atteintes rénales.

Détection :

ELISA : C’est la technique la plus sensible, mais la préparation d’antigènes nucléaires purifiés est extrêmement difficile, d’autre part la structure des épitopes peut être modifiée par le coating dans les puits réactionnels, cette technique doit donc comporter de nombreux contrôles internes pour être validée. Les résultats sont exprimés en unités ou en indice par rapport à un témoin connu.

Immunodot : La réaction est similaire à l’ELISA mais sur un support de nitrocellulose, le résultat est qualitatif.

Immunotransfert : C’est une variante de l’immunodot, qui est réalisée sur une membrane sur laquelle on a préalablement réalisé une électrophorèse d’antigènes nucléaires. Elle présente l’avantage de tester tous les antigènes présents sur un même support, mais elle ne les sépare que par le poids moléculaire, ce qui peut être gênant quand les poids moléculaires de 2 antigènes différents sont identiques ( SS-A et Jo1), d’autre part, l’électrophorèse peut dénaturer certains antigènes et modifier leur affinité pour les autoanticorps.

Mis à jour le 5 Novembre 2012 d’après Bioforma et guide des analyses Laboratoire CERBA - Hervé DUPONT - Biologiste

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Intolérance au Gluten, le point de vue du laboratoire

La médiatisation importante concernant « l’allergie au gluten » dont le mécanisme n’est pas allergique, puisqu’il s’agit bien d’une intolérance au gluten nous incite à faire le point sur cette pathologie qui peut s’exprimer par des manifestations diverses dont la plus grave est la maladie coeliaque.

La biologie va permettre de distinguer les patients souffrant d’une vraie intolérance au gluten objectivée par les lésions histologiques, de ceux pour lesquels l’exclusion du gluten se manifestera simplement par un confort digestif ou psychologique.

La maladie coeliaque est une affection auto-immune déclenchée puis aggravée par l’exposition alimentaire aux protéines issues du gluten (blé, orge, avoine et seigle) qui détermine une atteinte atrophiante de l’intestin grêle entrainant une malabsorption de divers éléments comme le fer, l’acide folique et le calcium.

Elle peut être découverte à tout âge devant des manifestations digestives (douleurs, ballonnements, diarrhées, etc..) ou extra-digestives (anémie, amaigrissement, ostéoporose, etc ..), voire en l’absence de toute symptomatologie par la mise en évidence d’anticorps spécifiques.

Alors que l’on pense que la maladie était presque inexistante il y a 50 ans, sa prévalence est aujourd’hui importante : 1/1500 pour les formes symptomatiques, 1/300 pour les formes latentes, il est possible que seuls 20% des cas soient diagnostiqués.
L’accroissement de la prévalence est probablement du à l’augmentation constante des quantités de gluten dans l’alimentation moderne.

Les principaux marqueurs sérologiques sont les anticorps anti-Endomysium, et les anticorps anti-Transglutaminase, les anticorps anti gliadine qui ont été découverts en premier sont les moins spécifiques, et ne sont pratiquement plus utilisés.

Diagnostic biologique

Les marqueurs sériques précèdent la biopsie duodénale dans la démarche diagnostique, leur utilité est évidente au vu de leur excellente sensibilité et spécificité. La présence d’anticorps sera un argument en faveur de la biopsie et, en cas d’atrophie villositaire constatée à la biopsie, permettra d’en valider le diagnostic étiologique.

Sensibilité et spécificité des marqueurs biologiques

Ce sont principalement des anticorps de type IgA,
Un dosage des IgA totales devra donc accompagner ces tests pour exclure un déficit constitutif en IgA qui négativerait les recherches d’anticorps. En cas de déficit constaté, les anticorps de type IgG pourront être recherchés mais leur sensibilité est légèrement moins élevée.

> Ac Anti-Endomysium (AAE) :

La spécificité de ce marqueur est très élevée, sa sensibilité (> 90%) semble être meilleure chez l’adulte que chez l’enfant.

> Ac Anti-Transglutaminase (AATG) :

La spécificité est proche de 100%, et la sensibilité > 90%
Il a été démontré en 1997 que la cible antigénique des anticorps anti-Endomysium est en fait la transglutaminase tissulaire (tTG). La corrélation entre les anticorps anti-endomysium et anti-transglutaminase est de l’ordre de 98% pour le diagnostic de la maladie coeliaque.
Le test pratiqué utilise une transglutaminase recombinante humaine plus spécifique

L’association des 2 anticorps permet d’obtenir une spécificité et une sensibilité proches de 100 %.

Marqueurs génétiques :

Si besoin, le diagnostic peut être complété par la recherche de marqueurs génétiques HLA dq2 et dq8 : Plus de 90% des malades coeliaques expriment le génotype HLA DQ2, alors que 5 à 10% restant possèdent le génotype DQ8. Cette prédisposition est toutefois fréquente, concernant 30 à 40 % de la population générale, suggérant l’implication d’autres facteurs. Des facteurs non génétiques interviennent également dans l’évolution de la maladie cœliaque en particulier chez le jeune enfant.
Les infections intestinales, notamment à Adénovirus et à Rotavirus qui altèrent la barrière intestinale avec une atrophie partielle de la muqueuse, entraineraient une augmentation de la perméabilité, de l’expression d’HLA DQ et de la concentration de transglutaminase tissulaire, favorisant ainsi le développement de la maladie.
Une exposition à la gliadine in utero ou via le lait de mère, les facteurs immuno-modulateurs du lait maternel, la quantité et l’âge d’introduction du gluten jouent également un rôle important.
L’introduction du gluten avant 3 mois ou après 7 mois est associée à une augmentation de la prévalence de la maladie coeliaque sous toutes ses formes. Les conseils actuels sont d’introduire le gluten en faible quantité entre 4 et 6 mois pendant la poursuite de l’allaitement maternel.

Le suivi du régime sans gluten

Les marqueurs sérologiques constituent un bon indice de l’évolution de la maladie, mais, alors que l’amélioration clinique est rapide après la mise en place du régime, la diminution des taux des anticorps pourra s’étaler sur plusieurs mois, les IgA diminuant classiquement plus rapidement que les IgG.

Les AAE constituent le meilleur marqueur de compliance et le meilleur indicateur de l’état de la muqueuse. Ils sont les plus longs à disparaître après l’instauration du régime, et leur fréquence peut, alors, diminuer à moins de 15 % chez les patients qui suivent un régime strict. En cas de réintroduction du gluten, ils se positivent en un mois en précédant la réapparition des lésions histologiques.

Ces marqueurs sérologiques dont les sensibilités et spécificités sont exceptionnelles contribuent de manière non invasive au diagnostic de certitude et au suivi de la maladie coeliaque.

Nomenclature :

  • Anticorps anti Endomysium IgA ou IgG : B40
  • Anticorps anti Transglutaminase IgA ou IgG : B60

Anticorps anti Gliadine IgA ou IgG : Hors nomenclature 42 €

Mis à jour le 02/10/2015 par H. DUPONT Bioxa
Ref : AFFMC Hépato Gastro Entérologie

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